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Création de pages web: le syndrôme du commerçant bavard.

Rédigé par Benjamin Loiselle | Apr 10, 2026 5:11:43 PM

Il y a quinze ans, à ma sortie de l’université, je voyais le design Web comme une quête esthétique. Je voulais que ce soit beau, que ce soit pur. Mais avec le temps, et après avoir façonné des centaines de pages, j'ai compris que la beauté sans la compréhension de l'autre n'est qu'un monologue silencieux.

Récemment, j’ai eu le plaisir de donner une formation en ligne à des professionnels de tous horizons sur la conception de pages Web centrées client. Ce n'était pas qu'un transfert de connaissances techniques, c'était un moment de camaraderie où nous avons déconstruit une habitude trop humaine : celle de parler de soi avant d'écouter.

Le syndrome du commerçant bavard

Imaginez que vous entriez dans une boutique. Avant même que vous ayez pu ouvrir la bouche, le commerçant vous saute dessus : « Nous sommes ouverts depuis 1950 ! Notre processus de fabrication est breveté ! Regardez la qualité de nos étagères ! ».

C’est absurde, n’est-ce pas ? Pourtant, c’est exactement ce que font la majorité des sites Web. Ils parlent de leurs années d'expérience et de leurs outils, mais ils oublient de demander : « De quoi avez-vous besoin aujourd'hui ? ».

Pour briser ce cycle, nous avons exploré trois piliers essentiels :

  • L'UX (Expérience utilisateur) : Bâtir une structure de page efficace pour que le parcours soit fluide.
  • La Stratégie : Pour que le message soit adapté à la bonne personne, au bon moment.
  • La Rédaction : Pour utiliser la persuasion avec éthique et clarté.

L'étincelle : Les quatre tempéraments d'utilisateurs

Le moment fort de la formation a sans doute été notre discussion sur les tempéraments. Un participant a d'ailleurs eu une véritable révélation. Il a avoué en souriant : « Notre site a été construit par des ingénieurs, pour des ingénieurs. On parle merveilleusement bien aux Analytiques, mais on a complètement oublié les Impulsifs ! ».

C’est un piège classique. Pour qu'une page convertisse, elle doit savoir chuchoter à l'oreille de quatre profils distincts simultanément :

  1. L'Analytique : Pire que Pierre-Yves McSween, il veut des chiffres, des données, du ROI et des tableaux comparatifs.
  2. L'Empathique : Florence Longpré personnifiée: l'empathique a besoin de voir que d'autres vous ont fait confiance. Il cherche les témoignages et les logos de clients.
  3. L'Impulsif : Petit Bruny Surin du web, il veut que ça aille vite. Il lui faut des appels à l'action (CTA) visibles et une offre simple.
  4. L'Artistique : Comme Yannick Marjot, il veut le voir pour le croire. Il réagit aux visuels forts, aux vidéos et aux infographies.

En comprenant cela, on réalise qu'une page Web n'est pas un bloc de texte monolithique, mais un écosystème qui doit rassurer le sceptique tout en facilitant la tâche de l'impatient.

Du laboratoire à la réalité : L'exemple d'ei3

Pour illustrer comment harmoniser ces besoins, nous avons analysé le site ei3.com, que j'ai eu le plaisir de concevoir en utilisant ces principes. Je le vois un peu comme un laboratoire à ciel ouvert.

Sur ce site, la navigation ne se contente pas de lister des produits. Elle segmente l'expérience selon trois angles d'analyse:

  • Par industrie : Est-ce que vous venez du secteur manufacturier ou technologique?
  • Par rôle : Êtes-vous un dirigeant, un gestionnaire TI ou une équipe opérationnelle?
  • Par défi : Cherchez-vous à augmenter votre productivité ou à sécuriser vos accès à distance?

Cette structure permet de capter l'attention en moins de 7 secondes (la règle d'or de la section "Hero") en faisant en sorte que l'utilisateur se reconnaisse immédiatement dans ses propres enjeux.

Ce que je retiens de ces 15 années

Partager ces apprentissages avec des professionnels passionnés m'a rappelé pourquoi j'aime ce métier. Après 15 ans à peaufiner ma compréhension du comportement humain, je réalise que la stratégie la plus efficace est souvent la plus simple : commencer par comprendre, pas par vendre.

Créer une page centrée client, c'est accepter de mettre son ego de côté pour devenir le guide du parcours de l'acheteur. 

Le design Web n'est plus qu'une question de pixels, c'est une question de connexion. Et voir des participants repartir avec les outils pour transformer leurs propres sites en véritables lieux d'échange, c'est, pour moi, la plus belle des réussites.